Quel sens donner à notre action ?

Vouloir aider des enfants des rues handicapés est une action qui s'impose lorsqu'on déambule dans les rues d'Antananarivo.

projetSOA2Il est sûr que financer des soins médicaux est avant tout une nécessité, mais il faut aussi considérer le problème dans son ensemble. Car l'enfant n'est jamais seul : il est hébergé par des proches, et s'intéresser à son lieu de vie qui est aussi celui de ses proches est une nécessité, si l'on veut soulager son handicap : hygiène nécessaire, soins à apporter, adaptabilité du foyer aux déplacements en fauteuil roulant, etc…

On voit bien que l'on touche là un terrain sensible sur lequel il faut s'engager avec délicatesse : jusqu'où peut-on aller pour améliorer la vie de l'enfant et par là-même celles de ses proches sans pour autant bouleverser en totalité des repères et des relations familiales ou pire en faire des assistés. Quel nouveau regard porter sur l'handicapé et son handicap : qui n'est plus considéré comme une source de revenu mais devient un être à protéger, à soigner et donc une charge pour la famille. Dans le cas d'Onja, l'association a voulu, dans un premier temps, apporter les soins médicaux nécessaires à son état, pour lui permettre de vivre mieux et de progresser. Elle subventionne aussi mensuellement sa grand-mère qui en a la charge pour combler le manque à gagner que rapportait l'enfant en mendiant toute la journée sur le trottoir, chose qu'elle ne fait plus désormais.

On s'est attaché également à lancer un jeune oncle d'Onja dans le commerce de la fripe en lui achetant un stock de vêtements — c'était ce qu'il voulait. Une jeune tante a trouvé du travail comme serveuse grâce aux connaissances du président de SOA. On voit bien qu'une telle action bouleverse les modes de vie, les relations familiales, a une implication culturelle car au delà des soins de la médecine, c'est aussi un système de valeurs " à l'occidentale " que l'on transpose. On aborde là les limites de l'action de notre association qui n'a pas pour objectif de s'attaquer à toutes les situations de misère.

Toute cette reflexion ne vise pas à nier l'intérêt qu'il y a à s'engager dans l'action en faveur des enfants handicapés des rues mais à le faire en n'oubliant jamais que notre action bienfaitrice a des prolongements plus profonds qu'il faut envisager dans le respect des traditions et de la culture malgache, faire d'eux-mêmes les acteurs du changement " à la malgache " avec le coup de main que notre action peut leur apporter. Car la misère, la maladie, l'exploitation des êtres n'a rien de culturel.

N'hésitez pas à commenter ces modestes réflexions !!